30 ans de références
L'azote. Si utile au vivant mais tellement décrié, qu’on parle souvent plus de l'enjeu environnemental autour de la reconquête de la qualité de l'eau, que des atouts agronomiques - et économiques - dont peuvent tirer partie les agriculteurs avec une bonne gestion de cet élément chimique sous ses deux formes, minérale et organique. Pourtant les deux aspects vont généralement de pair. Mais l'azote est devenu un enjeu d'actualité, avec des objectifs territoriaux de plus en plus élevés. L'acquisition de références scientifiques, précises et partagées, représente une nécessité dans ce contexte.
En trente ans, les chambres d'agriculture de Bretagne, Arvalis-Institut du végétal et l'Inra Agrocampus Ouest ont collecté de nombreux résultats issus d'essais en station expérimentale, de réseaux de parcelles ou de recherches en laboratoire. "La démarche est exemplaire pour son côté partenarial. Elle est aussi ambitieuse vu la complexité des sujets et l’engagement sur le moyen terme pour un certain nombre de questions", soulignait François Laurent, ingénieur d’Arvalis, lors de cette journée.
Comment est minéralisé l'azote après un retournement de prairie, ou suite à un apport de produits résiduaires organiques ? Quel est l'effet du pâturage hivernal sur les fuites d’azote ? Quel est celui des couverts végétaux sur la fourniture d'azote aux cultures suivantes ? En répondant à ces questions, entre autres, les travaux de recherche permettent de trouver les meilleures techniques pour optimiser l'azote dans les différents systèmes de culture. Ils servent parfois aussi à rétablir des vérités. "Les fumiers et les lisiers sont des facteurs de risque mais pas forcément des problèmes s’ils sont bien utilisés", pointe Joseph Ménard, des chambres d’agriculture de Bretagne. La recherche permet également d'orienter les actions à mettre en œuvre à l'échelle d'un territoire.
Des territoires inégaux face aux fuites d'azote
Tous les milieux ne sont pas égaux en termes de fuites d’azote. "Le bassin rennais, avec son sol profond, présente des risques de fuites faibles pendant la période de drainage dans presque tous les types de rotations. Ce qui n'est pas le cas du centre Bretagne", estime Françoise Vertès. En s'appuyant sur l'outil Territ'eau, la chercheure de l'Inra remarque aussi que "les leviers d'action ont un impact plus ou moins fort selon le niveau de risque initial. Dans un des bassins versants des Côtes d'Armor, par exemple, une bonne gestion des zones humides est efficace pour passer d'un risque élevé à moyen".
"On a entrepris des efforts de simplification pour passer d'un résultat à une référence. Mais attention à ne pas oublier d'où viennent les chiffres", alerte François Laurent. Aussi, pour Joseph Ménard, "la réglementation ne doit pas être figée pour tenir compte de l'évolution des connaissances". "L’azote n’est qu’une petite partie de tout ce que l’agriculteur a à gérer, ajoute George Galardon, administrateur d’Arvalis. Il faudra être vigilant sur les fausses bonnes idées et s’assurer que les réglementations ne soient pas un frein à l’évolution des exploitations".
La richesse des références acquises en trente ans va permettre de persévérer dans la démarche de progrès déjà engagée par les professionnels. Cependant, les légumineuses méritent d'être davantage étudiées à l'avenir. Bon nombre de participants à la journée scientifique les voient comme un formidable atout dans cette problématique de l'azote.
Audrey Dibet
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