Ja 56 "pour que vive l'agriculture morbihannaise"
« Quand la conjoncture va mieux, l'ambiance va mieux », relève, avec soulagement, Nicolas Chesnin, au terme d'un mandat de trois ans qu'il a qualifié « d'humainement enrichissant », même si 2009 reste une année noire. Et c'est bien sur l'installation, dossier majeur de JA 56 que le relais a été transmis à son co-équipier, Frédéric Daniel. Car face à des chiffres du RGA « qui se passent de commentaire avec 27 % des exploitations qui ont disparu en 10 ans, le quart des exploitants et un recul de 7 % de sa production », le défi du renouvellement des générations est majeur pour Nicolas Chesnisn. « JA doit se battre, créer et entretenir cette dynamique de l'installation pour que vive l'agriculture dans le Morbihan ». La feuille de route est claire pour la nouvelle équipe de JA 56 dont Sylvain Rolland devient secrétaire général.
Donner l'envie de s'installer.
Traditionnelle filière d'installation dans le Morbihan, celle du lait n'a permis qu'à 50 jeunes, contre 80 précédemment, de s'installer en 2011. Envie en berne ? « 2015 approche. Quelle est la capacité des professionnels du lait à construire une filière qui fasse vivre ses agriculteurs », interroge Jean Jacques Michard. « Ne refaisons pas l'erreur de ceux qui, sous prétexte de ne pas avoir voulu des quotas, se sont désintéressés de la réflexion ». « Nous voulons un projet qui amène tout le monde vers le haut », plaide Frédéric Daniel. « Si on a un système par entreprise, quelle sera la force des producteurs », renchérit Nicolas Chesnin. Tous se rallient au projet d'Organisation de Producteurs par bassin. « Des OP fortes qui regroupent coopératives et privés pour que les producteurs agissent sur la gestion des volumes », martèlent-ils. Sur la formation, JA s'agace de voir croître les dérogations à la capacité professionnelle. « Quelle crédibilité accorde t-on aux professionnels et au dispositif de formation », interrogent t-ils. Mais être formé, et donc armé de compétences, ne suffit pas pour exercer sa profession, car encore faut-il pouvoir y accéder financièrement. Et si les Ja ont imaginé des plans d'épargne -entreprise ou une assurance pré-installation, « il nous faut désormais créer ces outils pour répondre au financement des installations », assure Nicolas Chesnin.
Financer investissements et mise aux normes
Une fois installé, reste aussi à relever des défis de taille. Celui de la mise aux normes Bien Être pour les éleveurs de porcs, par exemple. «Or les charges sont lourdes et les prix insuffisants» rappelle Frédéric Daniel qui, producteur de lait en Gaec, engraisse également des porcs à Limerzel. Il dénonce un problème structurel .« On nous annonces 100 millions de perte chez les abatteurs, quand est ce qu'on avance ? »,interroge t-il. « La filière a été malade en 2011. En 10 ans, sur 25 miilions produits, la France a perdu 1 million de ses porcs quand l'Allemagne est passée de 35 à 60 millions de porcs élevéss », pointe Michel Gurnévé, président de la Cecab. Face à l'échéance de la mise aux normes , le risque de recul est fort. « 15 à 20 des producteurs ne pourraient se mettre aux normes estime l'administration. Que va devenir cette production », poursuit-il, navré de constater que la spirale de sous productivité des outils existants risque de s’accroître. « Surseoir à la mise aux normes serait une solution », évoque-t-on à la tribune. « N'y comptez pas- rétorque le directeur de la DDTM- Demander le report, c'est exposer la France à une pénalité insupportable », prévient-il. En revanche, « faites les dossiers, envoyez les nous pour que nous les instruisions dans les temps. Si ensuite toutes les entreprises ne sont pas en mesure de répondre, c'est autre chose ».
Et quand la filière va bien, « comme en volaille, ce n'est pourtant pas l'effervescence » note à regret le responsable du dossier avicole. En cause, « le parc bâtiment, il a le même âge que moi, 30 ans et ses possesseurs, le double ». Et pour éviter que la filière ne régresse, JA propose la mise en place d'urgence d'un PMBE, « plan bâtiment indispensable ».
Claire Le Clève

Eh oui, les agriculteurs bénéficient d'une bonne image même s'ils ont du mal à y croire. - © claire le Clève
En plaçant le thème de leur assemblée générale sous celui de la communication de la fierté de leur métier, les JA ont ouvert un chantier essentiel pour celui de l'installation. « Pour donner l'envie de venir », résume Nicolas Chesnin. 500 départs annuels pour 140 installations aidées, tel est le solde annuel de l'agriculture dans le Morbihan ...Relever le défi du renouvellement des générations ne se fera pas sans l'apport des forces vives, extérieures au milieu agricole lui même. C'est tout l'objet de cette communication positive que les JA appellent de leurs vœux.
Mais ce n'est pas le seul enjeu. « C'est aussi l'envie de faire évoluer notre image » enchaînent t-ils. En la matière, il y a beaucoup à faire aura pointé le sociologue Remi Mer (lire également en région).Pour lui, il y a nécessité d'établir « un nouveau contrat entre agriculture et société. Car produire de l'aliment, c'est produire de la vie, vous travaillez avec le vivant, vous êtres ancrés dans le territoire, vous êtes peu délocalisables et vous êtes Made in France», encourage t-il.
Nouer le dialogue
Tous les atouts pour construire un nouveau lien auxquels de nombreux agriculteurs s' attellent à l'échelle de leurs cantons. Rando-fermes, ferme en ville.... La table ronde n'a pas manqué de le souligner, grâce à l'exemple que le GVA de Questembert met en œuvre, tous les 4 ans, avec ses « Récréhall'la ferme ». « Nous amenons sous les halles de Questembert nos productions, nos filières, nos animaux et toutes les écoles du cantons viennent nous voir. Ils peuvent toucher les animaux. A la fin de la visite, nous offrons un goûter aux enfants. Et le dernier jour, les enfants reviennent en amenant leurs parents. Ce sont 100 bénévoles mobilisés », expliquent de concert les co-présidents, Marie Thérèse Kerdudo et Rolland Le Pichon.
Quand l'UFC Que choisir boude
Communiquer c'est bien, dialoguer c'est mieux. Encore faut-il être deux pour pouvoir le faire. JA 56 l'avait souhaité, invitant à la table ronde l'association départementale UFC Que Choisir qui souhaitait s'y associer . C'était sans compter sur le refus qu'a opposé la fédération nationale jugeant que JA, ne répondant à ses attentes, elle ne répondrait aux leurs.... « Nous irons écouter leurs problématiques et leurs attentes pour qu'on puisse travailler ensemble », a promis, constructif, Frédéric Daniel.
Claire Le Clève
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