S'unir pour traiter
Tous les 5 en sont convaincus, l'épandage est le meilleur moyen - en terme d'environnement comme d'économie - pour valoriser le lisier. Mais concrètement, ce n'est pas toujours possible. Il faut alors trouver d'autres solutions. C'est ce qu'a fait ce groupe d'éleveurs du pays de Brocéliande. Lionel Sarrazin, Fabrice Frérou, Mickaël Masson, Jean François Rissel, Bernard Lemoine sont producteurs de porcs et ont créé ensemble une unité de traitement du lisier. Situé en ZES et avec un atelier lait aux côtés de son élevage de porcs, Fabrice Frérou s'est trouvé face à une obligation de traitement. Seul, il savait que c'était financièrement impossible. Il parle de son projet de station de traitement à des collègues, en 2003. "Même si on reste convaincu que l'épandage est la meilleure solution, nous avons raisonné au regard d'une réglementation de plus en plus contraignante, de la dimension phosphore qui s'ajoute à l'azote, de plans d'épandages que nous n'avions pas en propre, qui peuvent être remis en cause du jour au lendemain", retrace Lionel Sarrazin. L'obligation de traitement de Fabrice Frérou aura été l'élément déclencheur. Pour mener à bien leur projet, les 5 éleveurs se regroupent en GIE, font des devis, réalisent une étude de faisabilité technique et économique. En mutualisant les coûts, le traitement devenait possible. Ils décident de créer leur station de traitement du lisier, qui sera installée à Saint Gonlay, sur l'exploitation d'un des adhérents. La station fonctionne depuis avril 2008 et traite en moyenne 42 m3/jour.
Prendre toutes les précautions
Le lisier est amené depuis les élevages jusqu'à la station par un transporteur. "Nous avons fait le choix de payer un camion citerne de 25 m3 pour limiter les allées-venues de tracteurs sur la route", soulignent les éleveurs. Mickaël Masson, dont l'élevage est à côté de la station, travaille avec un lisioduc. Tout le lisier arrive dans une fosse de réception couverte, pour limiter les émanations. Il va être homogénéisé avant d'être centrifugé. Les phases liquide et solide sont séparées. 75% du phosphore est piégé dans la phase solide, qui, après séchage, sera exportée hors de la Bretagne, vers les zones céréalières déficitaires en amendements organiques. L'azote est réduit par un procédé biologique. La phase liquide va subir une nitrification/dénitrification dans un bassin brassé. Sur le même principe que dans une station d'épuration, l'aération accélère le travail de bactéries mangeuses d'azote. Les eaux résiduaires sont stockées dans un bassin de décantation de 11.000 m3, avant de servir irriguer des parcelles de maïs, à proximité de la station, du 15 juin au 15 août. Cette irrigation rentre, bien sûr, dans le plan d'épandage. Sur les 15.000 m3 de lisier traité, 95% de l'azote et 85% du phosphore auront été abattus.
Tout le fonctionnement de la station est automatisé. Il n'y a que la mise en tas des co-produits qui demande de la manutention. Chaque associé peut vérifier le bon fonctionnement depuis son ordinateur, des alertes préviennent en cas de problème et Evalor, la société qui a conçu la station, veille également à distance sur le fonctionnement. "C'est hyper-sécurisé, avec des doubles sécurités à chaque point clé pour éviter tout problème", précisent les éleveurs, qui viennent à tour de rôle veiller au bon fonctionnement. Des analyses sont réalisées deux fois par semaine sur tout ce qui entre et sort.
Côté finance, chaque éleveur paie en fonction du volume à traiter. Le traitement revient à 3 centimes du kilo de porc, pour 5 ateliers ayant en moyenne de 200 truies. Ensemble, les 5 éleveurs ont investi 600.000 euros sur les 840.000 euros de coût de la station.
Des efforts reconnus par l'Agence de l'eau
Pour faciliter l'acceptation locale de leur projet, les agriculteurs ont particulièrement veillé à pour minimiser les transports et les odeurs. Avec son bardage bois, le bâtiment s'intègre bien dans le paysage et une haie a été plantée autour du site.
Pourtant, bien que le projet soit collectif et n'ait entrainé aucune augmentation d'effectifs, les 5 éleveurs ont dû faire face à de nombreux obstacles juridiques et administratifs : changements de réglementation en cours d'instruction, plainte d'une association d'opposants devant le tribunal administratif. Finalement, les éleveurs ont obtenu gain de cause en référé et une autorisation provisoire jusqu'en 2010. Une nouvelle demande pour l'obtention d'un arrêté définitif est en cours d'instruction. Il leur a fallu se serrer les coudes dans ce parcours administratif semé d'embûches. "Malgré cela, si c'était à refaire, on le referait, affirment les 5 associés. On a l'impression d'aller dans le bon sens pour l'environnement. Nous avons aussi sécurisé nos élevages en nous affranchissant d'un plan d'épandage que nous n'avions pas en propre. Par notre choix, nos collègues disposent de nouvelles terres épandables". Une telle démarche a été récompensée par l'Agence de l'eau, parmi 15 actions exemplaires pour la protection de l'eau.
Vos réactions
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Il semble que le GIE Les Vallées ait oublié de préciser à votre journaliste que le permis de construire a été annulé par le tribunal administratif de Rennes. Il n'ont pas fait appel de cette décision qui est donc définitive. Par ailleurs ils ont perdu en appel le 01 octobre 2009 concernant l'autorisation préfectorale d'exploiter. L'autorisation provisoire d'exploiter dont il est question dans l'article est de ce fait illégale car elle vient sursoir une décision de justice. Cette usine est donc exploitée en toute illégalité à ce jour. Ils ont également oublié de vous préciser que des riverains ont déposé plainte le 09 novembre pour des faits de pollution du Meu (rivière en contre bas de l'usine ou des captages en eau potable sont effectué pour alimenter la ville de Rennes). Je doute que l'agence de l'eau apprécierait cette initiative si elle avait réellement connaissance de tout cela...
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