Produire du biodiesel à la ferme : quels en sont les intérêts ?
Dans cette unité mobile, l'huile brute est catalysée, décantée et purifiée, pour fabriquer du biodiesel. - © TerrA
Bruno Texier, de la Cuma l'Olph'active de Charente-Maritime, a présenté le 24 janvier à Ruca (22), son unité mobile de production d'agrodiesel, encore appelé biodiesel, huile végétale estérifiée, ou Diester. Une trentaine d'agriculteurs bretons, producteurs et utilisateurs d'huile végétale pure (HVP), ont ainsi assisté à cette démonstration organisée par la Fédération régionale des Cuma, sur l'exploitation de Frédéric et Dominique Darley.
Depuis le 1er janvier 2007, la production d'HVP et l'utilisation chez soi ou entre agriculteurs est en effet possible et échappe aux taxes. Au Gaec Darley par exemple, les graines de colza issues des 3 ha cultivés, sont triturées par la presse Innov'22, et les 2000 litres d'HVP produits sont entièrement consommés pour les besoins de la ferme sur une surface de 45 ha.

Bruno Texier, adhérent de la Cuma l'Olph'active de Charente-Maritime : "avec un process réussi, un litre d'huile végétale brute donne un litre de biodiesel". - © TerrA
Conserver la garantie du tracteur
S'agissant du biodiesel en revanche, si la production est permise à la ferme, son utilisation n'est pas autorisée. Cependant, Bruno Texier est convaincu que "plus les agriculteurs seront nombreux à produire du biodiesel, plus ils auront du poids pour faire changer les lois". En outre, selon cet agriculteur charentais, le biodiesel a plusieurs avantages sur l'HVP : des caractéristiques très proches de celles du gazole, aucune adaptation du moteur nécessaire, et surtout, la garantie constructeur est conservée sur les tracteurs.
Moins d'une journée est nécessaire à la production de 300 litres, avec l'unité mobile dont l'investissement s'élève à 7 500 €. Quelques précautions sont par contre requises pour la manipulation des adjuvants. Le process consiste à ajouter, à l'huile chauffée à 60°C, de la soude et du méthanol qui joueront un rôle de catalyseur. Par simple décantation, l'huile estérifiée se sépare ensuite de la glycérine qui peut par ailleurs être valorisée en combustible, savon, ou pour la méthanisation. Enfin, le biodiesel est purifié par lavage à l'eau.
0,60 € par litre
Amortissement du matériel et coûts des intrants compris, la production d'un litre de biodiesel revient à 0,60 €. Aujourd'hui le biodiesel n'est donc pas intéressant d'un point de vue strictement économique, d'autant plus que, comparativement il nécessite une surface de colza plus importante. Le biodiesel est en effet utilisé dans sa totalité alors que l'huile végétale n'est introduite qu'à hauteur de 30% dans le carburant, mélangée au gazole.
Pour les agriculteurs présents à la démonstration, il était pourtant essentiel de s'informer sur les intérêts et contraintes de la production de biodiesel, peu rentable actuellement, mais qui peut s'avérer intéressante si la donne change. A ce propos, Bruno Texier estime d'ailleurs que "l'instauration de la taxation carbone dans les années à venir fera pencher la balance en faveur du biodiesel".
Audrey Dibet
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