Carentoir, ou l'image d'une sécheresse installée
Le Gaec de Gérard Josse et de Joseph Couedor est actuellement le plus ancien Gaec agréé du Morbihan. Depuis 1977, il en a vu passer des difficultés, qu'elles soient climatiques ou autres, mais la sécheresse de 2011 restera probablement comme l'une des plus difficiles à gérer.
Ils ont anticipé, mais ...
L'année 2010 avait déjà largement entamé les réserves en fourrages et en trésorerie, dans la mesure où les exploitants avaient été obligés d'acheter 38 tonnes de matière sèche de maïs pour compenser la baisse de rendement d'1/3 subie sur la récolte des 28 ha de maïs réalisés en moyenne.
2011 s'annonce encore plus difficile. La sécheresse précoce vient compromettre les récoltes d'herbe et fait craindre des baisses de rendements très importantes sur les céréales et le maïs fourrage.
D'ores et déjà, les quantités récoltées sur les 30 ha d'herbe sont en baisse de 50%. Aujourd'hui, les pertes sur les 27 ha de céréales ne sont pas encore quantifiables. On peut toutefois craindre que les pertes de rendement soient aux alentours de 30 à 50%.
Seule certitude : aujourd'hui, les quantités de paille récoltées seront faibles, voire très faibles.
Joseph Couedor et Gérard Josse ont anticipé. Ils ont trouvé localement 14 hectares de céréales qui vont aider à couvrir les besoins de paille. Mais il leur faut encore trouver quelques hectares supplémentaires. Ils ont déjà fait "feu de tout bois" en achetant quelques hectares de paille de colza qui permettront d'assurer une partie du paillage.
Moins de céréales et de stocks
Autre quasi-certitude, là où chaque année quelques hectares de maïs en supplément peuvent, une fois les stocks constitués, être vendus en maïs grain, cette année bien que la superficie en maïs ait été augmentée de 3ha, toute la superficie sera utilisée en ensilage.
Les exploitants font leurs comptes. Entre les achats de paille, voire de fourrages grossiers, les baisses de rendements et les superficies en maïs intégralement ensilées, le manque à gagner sera important.
Ils ont bien assuré leurs récoltes de céréales au titre du risque climatique, mais ils soulignent la franchise de 25% de perte de récolte en deçà de laquelle l'assurance ne peut jouer et que, de toute façon, les exploitants devront assumer sur leurs fonds propres. Quant au fonds calamités, entre complexité administrative et limites budgétaires, ils n'en attendent pas des merveilles.
Il manque 70 000 t de paille
Laurent Kerlir, le président de la FRSEA Bretagne, profite de cette présentation pour rappeler que le système d'exploitation du Gaec de l'Hotel Michelot permet la production de 432 000 litres de lait avec un système équilibré entre l'herbe et le maïs. Lequel permet, en année normale, d'éviter les accidents dus à un système mono-cultural, qu'il soit tout herbe ou tout maïs.
L'année 2011 vient, après une sécheresse 2010, qui avait impacté essentiellement les départements d'Ille et Vilaine et du Morbihan. 2011 présente la particularité d'une sécheresse précoce et persistante qui va pénaliser lourdement les régions d'élevage.
Depuis quelques semaines, les marchés permettent d'ailleurs de mesurer l'ampleur du phénomène. Un bon nombre d'exploitants décident de décapitaliser, vendent leur cheptel, ce qui provoque un afflux d'animaux sur les marchés et leur effondrement. Pour les exploitants, ce sera la double peine, des "stocks" végétaux et animaux anéantis, et surtout un prix de vente qui ne permettra probablement pas, demain, de re-capitaliser.
Sur la région, les besoins en paille sont estimés à environ 70 000 t. Le mot d'ordre est donc de faire en sorte que pas un hectare de paille ne soit broyé et qu'elle puisse être mise à disposition des éleveurs qui en auront un besoin quasi vital.
Gérer les urgences et le moyen terme
Xavier Beulin, qui termine un tour de France des régions concernées par la sécheresse, fait part de son sentiment. Sur une grande partie du territoire national, les prairies sont déjà, au 1er juin, au stade du paillasson. En Bretagne, elles sont encore vertes, mais leur production sera maintenant quasi nulle. Pour Xavier Beulin, plusieurs dossiers doivent être ouverts.
L'urgence est d'assurer une mobilisation des réseaux, pour faire en sorte que l'essentiel de la paille puisse être mobilisé pour la nutrition animale. L'échelon national travaille pour aider à l'acheminement et au convoyage entre départements offreurs et demandeurs.
Les volumes disponibles seront de toute façon faibles. Il est donc urgent qu'une contractualisation se mette en place de façon à éviter la spéculation et à permettre aux éleveurs de passer ce cap difficile.
La seconde priorité, est de débloquer des fonds pour couvrir les besoins de trésorerie des exploitants. Le Crédit agricole vient d'annoncer le déblocage de 700 M? de prêts de trésorerie (voir ci-contre). La MSA aidera par un report du second appel des cotisations. Mais ces différents reports ne résolvent pas les situations des éleveurs qui avaient déjà souscrit à ce genre de mesures les années précédentes. Les reports s'ajoutent les uns aux autres, et la question essentielle restera la capacité des exploitations à rembourser ces nouveaux prêts, alors qu'en bovins les cours sont au plus bas.
Vers une conférence annuelle ?
Pour Xavier Beulin, il est urgent d'obtenir un arrêté catastrophe naturelle qui permettrait le versement en septembre d'avances sur le fonds des calamités. En tout état de cause, pour le président de la FNSEA, le gouvernement ne peut, aujourd'hui, considérer que les mesures annoncées constituent un solde de tout compte. Il faut avoir une vision globale, aussi précise que possible, de la situation des récoltes en grain et en paille pour ouvrir véritable un plan de soutien, voire solliciter une "conférence annuelle".
Sur le plus long terme, Xavier Beulin énumère les mesures qui lui sembleraient cohérentes. Il demande le réexamen du système actuel des DPA (Dotation pour aléas) qui ne fonctionne qu'en cas de souscription d'une assurance récolte. Nombreux ont été les exploitants qui n'ont pu souscrire de contrat en 2011 et qui seront donc interdits de DPA. De plus, il convient d'obtenir de Bruxelles la modification de la règle des minimis qui interdit d'octroyer à une exploitation plus de 7 500 ? d'aides. Le doublement de ce plafond a été demandé.
Constituer des réserves collinaires, gérer l'eau
Alors que moins de 1% des quantités d'eaux issues des précipitations sont effectivement mobilisés sous forme d'irrigation, la mise en place d'un plan de stockage de l'eau permettrait de redonner une sécurité de plus en plus nécessaire à l'agriculture, sans nuire aux capacités d'approvisionnement des autres utilisations. Le problème de l'agriculture étant qu'elle pompe de l'eau au moment où elle est rare, il serait simple de modifier cela, mais les obstacles, notamment administratifs, sont nombreux et incompréhensibles.
Enfin, pour Xavier Beulin, il conviendra d'imaginer d'autres dispositifs, préparer des alternatives, pour celles et ceux qui se trouveront dans une situation d'endettement insupportable et compromettant le redressement de leur situation. Il faudra bien sortir de l'empathie compassionnelle développée par certains pour développer des solutions concrètes adaptées.
Un relais de trésorerie
L'ensemble des caisses régionales de Crédit agricole met, dès à présent, en place une aide à la trésorerie pour les éleveurs, pour les aider à financer les achats urgents liés à la sécheresse. Il s'agit d'un prêt de trésorerie, en attendant le versement des primes PAC 2011, qui permettra d'envisager des achats de paille, fourrages, aliments de substitution, pour les éleveurs d'ovins, caprins et bovins, notamment, confrontés à la sécheresse.
Cette aide est mise en place très simplement, l'utilisation des fonds devant seulement être justifiée par la présentation de factures d'achats.
Les fonds sont mis à disposition, dès aujourd'hui, des exploitations par les caisses régionales de Crédit agricole, et seront mobilisables, dans chaque département de France, selon les besoins exprimés. Le taux d'intérêt sera de 1,5% pour les JA et 2% pour les autres exploitants.
Il suffit de formuler la demande auprès de votre conseiller habituel du Crédit agricole.
Au travers de cette première aide d'urgence, l'ambition des caisses de Crédit agricole est de tenter de répondre, en temps réel, aux besoins de trésorerie des exploitants confrontés à un événement climatique exceptionnel, sans pour autant encore surcharger l'endettement des exploitations.
Pour tout renseignement, prenez contact avec votre conseiller dans votre agence locale du Crédit agricole.
Vous pouvez facilement intégrer un lien vers celui-ci sur votre site en copiant ce code :
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