Paysans de la terre et de la mer : 10 ans de collaboration
Ce n’était pas du tout cuit. «Entre agriculteurs et conchyliculteurs, on a réussi à trouver un terrain d’entente», résume Sébastien Le Moine, ostréiculteur à Carnac et membre du bureau de l’association. Ici, on ne parle pas de président, de peur de mettre plus en avant une activité primaire plutôt qu’une autre. C’est le postulat de Cap 2000. Toutes ont leur place sur ce littoral. Un beau terrain d’entente qu’est cette frange morbihannaise qui abrite, en son rivage, plus de 2000 entreprises ostréicoles et agricoles. Elles ont appris à mieux cohabiter, pour que l’activité des unes et des autres perdure. Car la convoitise guette dans ce département qui s’offre des airs de Riviéra.
Travail sur 2 fronts
Le bilan présenté le 24 septembre dernier, à l’occasion des 10 ans de l’association est impressionnant, sur le volet tant agricole que conchylicole. Pour défendre les intérêts de ces professions, remonter leurs besoins, leur apporter des soutiens techniques ou encore développer des partenariats pour mener des actions à moindres frais, beaucoup a été fait, comparativement aux moyens. Non seulement, le travail de reconnaissance a permis à 161 exploitations de déroger à l’interdiction de la règle d’épandage dans la bande littorale des 500 m. Mais encore, le travail d’évaluation des risques bactériologiques, liés aux effluents d’élevage, a pu être mené au travers d’essais. Lui aussi important, le même soutien technique existe sur le plan conchylicole, allant du suivi de la croissance des huîtres à des essais de durcissement pour lutter contre les mortalités de naissain.
Plutôt la bactério
Côté agricole, par exemple, les composts de fumiers de bovin et de volaille ou de lisier de porc se révèlent être 10 000 fois moins chargés en Escherichia Coli, bactérie redoutable pour l’activité ostréicole. «Or, ce qui est communément fait avec l’épandage de fumiers de bovins ou de lisiers et fientes séchées de volaille est la pratique la plus à risque», signale Pierre Yves Roussel, animateur de l’association. Pour autant, les essais réalisés montrent aussi que «les pics bactériens observés ne sont pas liés à la pratique d’épandage», pointe Sébastien Le Moine. «Le compostage sur fumier, l’enfouissage pour éviter l’écoulement ont réduit considérablement les sources d’une contamination désormais maîtrisée», appuie Philippe Le Dressay, agriculteur et membre du bureau de Cap 2000.
Reste désormais à caractériser l’origine de la bactérie. Animale ou humaine ? Les membres de Cap 2000 aimeraient le savoir. L’obstacle est avant tout financier à raison de 600 euros l’analyse. Concertées, ces actions devraient mettre en évidence quelques réalités masquées. «Sur l’assainissement, il y a du boulot à faire pour contrôler les individuels et les collectivités. Nous devrons trouver le juste milieu pour une urbanisation raisonnée» plaide un élu de Crach. Un débat centré sur la qualité bactériologique qui aura éloigné le spectre des algues vertes qui commence à hanter le Morbihan.
Claire Le Clève
Littoral morbihannais :
50 % de la population s’y masse
Les 65 communes du littoral morbihannais ne représentent que 20 % du département. ¨Pourtant, 50 % de sa population s’y masse, regroupant également le 1/3 de l’espace urbain du Morbihan et 75 % des résidences secondaires. Une frange très convoitée. Difficile pour les productions primaires d’y garder leur place. Sur la presqu’île de Rhuys ne subsiste qu’une exploitation agricole. La pression foncière y est à son maximum. Un constat identique pour les 430 entreprises conchylicoles, les plus nombreuses de Bretagne, qui se répartissent sur 33 % du littoral, contre 45 % il y a 10 ans.1650 exploitations professionnelles agricoles y vivent aussi. Le lait (24%) y a régressé au profit des troupeaux allaitants (32 %). Viennent ensuite la volaille (20 %), le porc, 13 % et le maraîchage 11%. La pression azotée y est inférieure à 140 unités d’azote/ha. 161 fermes ont obtenu une dérogation d’épandage sur la bande des 500 m, grâce à la charte. 335 exploitations ont au moins une parcelle à moins de 500 m du littoral.
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