Des effluents naissent électricité et chaleur
Depuis le 12 mars, Gildas Fouchet a ajouté deux productions à son exploitation, celles d'électricité et de chaleur. Après 3 ans de travail, le jeune agriculteur a concrétisé son projet : son unité de méthanisation. C'est d'ailleurs ce besoin de chaleur qui est à l'origine de sa réflexion. "Depuis mon installation, en 2005, je cherchais comment réduire la facture de chauffage pour le poulailler et l'élevage de veaux, explique Gildas Fouchet. J'ai exploré différentes pistes d'énergies renouvelables avant de m'intéresser à la méthanisation".
13 000 euros d'économie
Même si cette technique était encore confidentielle en France, le jeune éleveur se passionne. "Cela m'a semblé adapté à mon exploitation, explique-t-il. Cela me permettait d'arriver à une autonomie en termes de chauffage. L'électricité représente aussi une diversification d'activité et un complément de revenu. En plus, la méthanisation permet de minéraliser l'azote, ce qui est intéressant au niveau agronomique".
L'intérêt confirmé, il lui restait encore à monter son projet. Grâce à plusieurs visites, Gildas Fouchet fait rapidement ses choix techniques. Il choisit du matériel Planet biogaz pour une installation d'une puissance de 100 kWe ("e" = électricité). Cette unité permettra à l'agriculteur de vendre chaque année 800 MWh d'électricité. En plus, 80% de la chaleur est valorisée dans les deux élevages et pour le chauffage de la maison. Ce qui représente une économie annuelle de 13 000 euros.
Ce projet représente un investissement de 670 000 euros. Sans les aides des collectivités et de l'Ademe, Gildas Fouchet reconnaît qu'il n'aurait pas pu le concrétiser. "Pas au tarif actuel de rachat de l'électricité", a calculé l'éleveur.
Lever les freins administratifs
Gildas Fouchet approvisionne son unité de méthanisation avec le fumier de volailles et le lisier de veaux de son élevage. Il complète ces matières organiques par des graminées cultivées en inter-culture, des déchets de céréales, des déchets verts de collectivités, des coproduits agroalimentaires.
Le plus compliqué sera probablement le montage du dossier administratif. Les unités de méthanisation sont encore rares en France. Il n'y en a que 24, contre plus de 5 000 en Allemagne. Du coup, l'administration est encore frileuse sur ces projets. Par exemple, l'utilisation de produits extérieurs à l'exploitation, comme des coproduits ou des déchets verts, reste compliquée. Pourtant, l'intérêt technique est démontré et entreprises et collectivités cherchent un moyen de valoriser ces produits.
Gildas Fouchet a dû batailler pour obtenir l'autorisation de les utiliser. Dans le même temps, les politiques s'accordent sur l'intérêt de la méthanisation pour maintenir le potentiel agricole et répondre à l'enjeu des énergies renouvelables. Il faudra certainement que quelques pionniers démontrent tout l'intérêt de la méthanisation pour que la législation s'adapte.
En attendant, si la méthanisation est bien inscrite dans le schéma régional des énergies renouvelables, on est encore loin des objectifs de l'Ademe de voir 50 à 100 nouvelles installations de méthanisation sortir de terre chaque année.
Comment ça fonctionne ?
La méthanisation permet de produire du biogaz à partir de la fermentation anaérobie de produits organiques. Sur l'exploitation de Gildas Fouchet, sont méthanisés du fumier de volaille, du lisier de veaux et différents coproduits. Le lisier de veaux est incorporé directement dans le fermenteur de 923 m3. Les produits solides sont insérés depuis un bol extérieur.
Tous ces ingrédients vont séjourner de 70 à 100 jours pour être complètement dégradés. Le gaz produit est extrait. Sa combustion fait tourner un alternateur qui produit de l'électricité. A raison de 800 MWhe, dans le cas de l'installation de Gildas Fouchet. De quoi répondre aux besoins électriques, hors chauffage, de 255 foyers. La chaleur, issue de la cogénération, est également valorisée pour le chauffage des élevages et de la maison. Une serre voisine pourrait entrer dans le réseau de chaleur.
Une fois les matières organiques dégradées, elles coulent au fond de la cuve, d'où elles sont évacuées. Ce digestat sera ensuite épandu.
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