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Les abeilles, aussi, sont sélectionnées

Depuis 2007, des apiculteurs bretons se sont lancés dans la sélection de lignées plus résistantes. Les premières reines issues de ces croisements sont entrées en production. Les producteurs de miel misent sur elles pour contrecarrer la forte mortalité.

27 juillet 2011 Cécile Julien Vu 1019 fois

- © Terra


S'ils ne peuvent pas grand-chose contre les agressions environnementales qui mettent à mal leurs ruches, les apiculteurs bretons ont décidé de renforcer leurs abeilles par la sélection. Une sélection qui se base sur les mêmes principes que dans les autres espèces animales : choisir les meilleurs pour faire naître les futurs reproducteurs et diffuser à tous ce gain génétique. C'est pour la mise en œuvre que les choses se compliquent. Depuis quelques années, la commission apicole du GIE lait-viande de Bretagne propose à la centaine d'apiculteurs professionnels de travailler à cette sélection, en réalisant des fécondations assistées et des inséminations artificielles.
"La surmortalité nous a poussé à nous lancer dans la sélection, explique Ludovic Fauvel, apiculteur à Servon-sur-Vilaine (35) et président de la commission apicole. Nous avons besoin d'abeilles plus résistantes. Si elles sont moins touchées par les maladies, elles seront mieux à même de résister aux autres stress, comme la présence de pesticides".
Car, les pertes sont toujours de 30%, alors que dans les années 90, elles étaient de 7%. "A Ouessant, qui est notre témoin blanc en termes de pollution, la mortalité ne dépasse pas les 5%", témoigne Ludovic Fauvel.
Plusieurs critères sont utilisés pour choisir les meilleures souches : l'hygiène de la ruche, qui traduit la capacité des abeilles à maintenir saine leur colonie, la résistance aux maladies, la production de miel, l'aptitude à ne pas essaimer, la douceur, ou du moins la faible agressivité, lors des manipulations.

La sélection pour enrayer la mortalité



Pour les mâles ou faux-bourdons, trois lignées ont déjà été sélectionnées, selon des critères définis par les membres de la commission. Ne sont sélectionnées que des lignées locales, "c'est le meilleur moyen de garantir leur bonne adaptation", estime Ludovic Fauvel. Des apiculteurs ont repéré les ruchers les plus prometteurs pour en destiner les mâles à la reproduction. Ces faux-bourdons sont mis à la disposition de l'ensemble des apiculteurs. Ces lignées ne seront utilisées que pendant 2 ans, pour garder un brassage génétique suffisant.
Par l'insémination artificielle, l'apiculteur reproduit les modalités d'une fécondation naturelle mais avec des bourdons, issus de lignées sélectionnées. Bernard Sauvager est le grand spécialiste breton de cette opération délicate. Sous un microscope, il prélève la semence des bourdons. "Dans la nature, la jeune reine est féconde entre son 8e et son 25e jour, explique Bernard Sauvager. Elles sera fécondée par une vingtaine de bourdons, dont la semence sera conservée dans sa spermathèque pendant les 3 à 5 ans de vie de la reine". Puis, sur une reine endormie au CO2, il introduit le sperme collecté. Grâce à l'effet hétérosis, les produits de ce croisement de lignées devraient être plus résistants et plus productifs.
Avec l'insémination artificielle, comme dans la nature, la reine n'aura qu'une période féconde et les bourdons y laisseront leur vie. L'insémination artificielle est réalisée en juillet, période naturelle de reproduction. Le taux de réussite atteint 90% avec cette technique. Il est de 60 à 70% avec la fécondation dirigée. "Cette technique demande une certaine logistique, car nous devons amener les reines avec leur ruche, la reine ne pouvant vivre seule, explique Ludovic Fauvel. Mais comme la technique est bien maîtrisée, on voit le bénéfice sur la qualité de nos ruches".
Une vingtaine d'apiculteurs utilisent déjà cette technique. Les reines ainsi sélectionnées leur serviront de têtes de lignées en engendrant à leur tour des reines qui créeront les nouvelles colonies, en remplacement des ruches décimées.
A terme, l'insémination artificielle permettra de suivre des pedigrees. "Le développement de cette technique a créé une saine dynamique dans notre réseau d'apiculteurs, apprécie Ludovic Fauvel. Maintenant, nous voulons développer la multiplication de reines, sélectionnées en Bretagne, pour maîtriser le sanitaire et la génétique, face aux abeilles importées".
 

 

 
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