Les politiques agricoles sont l'affaire de tous
Le lycée de la Ville Davy et le Creap(1) Bretagne recevaient un invité d'exception vendredi dernier à Quessoy (22). Et en tant qu'agriculteur, l'actuel Président du conseil de la FAO, Luc Guyau, a une vision pragmatique des problématiques de gouvernance alimentaire.
Alors comment nourrir demain entre 9 et 11 milliards d'humains et faire baisser le nombre inchangé depuis 50 ans de personnes qui ne mangent pas à leur faim ? Tout dépend des situations climatiques, politiques et sanitaires. Des sujets sur lesquels la FAO travaille donc en lien avec les Etats pour améliorer localement les capacités de production. Dans trois mois, sera par exemple publiée l'éradication de la peste bovine dans le Monde. "Une vraie avancée pour certaines régions qui a nécessité un consensus global entre pays amis, parfois ennemis ou avec des régimes différents", note le Président de la FAO.
En revanche, "d'autres sujets ne sont pas complètement maîtrisés quand on parle de gouvernance alimentaire", selon Luc Guyau. L'accaparement des terres en est un. "On ne peut pas empêcher un pays de vendre et un autre de louer mais la FAO essaie d'encadrer cela". Les évolutions climatiques sont aussi regardées de près par l'organisation car elles risquent de modifier les disponibilités en terres arables à tel ou tel endroit de la Planète. Autre sujet et non des moindres, la gestion des stocks mondiaux qui joue un rôle majeur dans la régulation des marchés. "La mise en place de politiques internationales en la matière est indispensable pour éviter les fluctuations de prix, explique Luc Guyau. Or une volatilité extrême non maîtrisée va dans le sens d'une concentration accrue des exploitations".
Mais l'influence de la FAO en faveur d'un développement de la production agricole pèse-t-elle réellement sur les décisions mondiales ? Pas encore suffisamment selon Luc Guyau, quoique les émeutes de la faim en 2008 ont un peu changé la donne.
Se doter de vraies politiques agricoles
"Les émeutes de la faim ont fait comprendre aux Etats qu'une pénurie alimentaire et le manque de maîtrise des marchés peuvent menacer la paix dans le Monde et conduire à plus d'immigration. Des éléments que des chefs d'Etats ne peuvent négliger, estime Luc Guyau. Il faut sensibiliser les pays en développement mais aussi les pays occidentaux, à se doter de véritables politiques agricoles, poursuit-il, avec des mécanismes régulateurs des marchés tels que l'Europe les avaient créés à un moment pour développer son agriculture. Bien que loin d'être le cas, "quand des pays extrêmement libéraux tels que l'Australie et le Royaume-Uni commencent à frémir, on ne peut qu'avoir espoir", selon Luc Guyau qui prône aussi "un certain protectionnisme" pour le développement des productions agricoles. A noter que la FAO ne peut agir seule, les Etats restent souverains. "En même temps, souligne Luc Guyau, il faudra faire comprendre à la population que les politiques agricoles sont l'affaire de tous, ne plus parler d'agriculture sans parler d'alimentation".
L'agriculture a un prix
Le président de la FAO estime qu'il n'y aura pas d'avenir sans une politique durable c'est-à-dire qui respecte les producteurs. La rémunération des paysans n'est pas encore assez prise en compte selon lui. Et le producteur doit arriver à transmettre les hausses de prix pour ne pas voir tous ses efforts de productivité anéantis aujourd'hui. "C'est le même débat ici qu'en Afrique. Sans revenu, les producteurs partent vers les villes, pense Luc Guyau. Il est donc nécessaire que le consommateur, y compris la grande distribution, change de comportement, et accepte de payer plus cher les denrées alimentaires". L'éducation du consommateur, encore une mission de la FAO.
(1) Le conseil régional de l'enseignement agricole privé (Creap) fédère 27 établissements en Bretagne
Qu'est-ce que la FAO ?
FAO, pour Food and agriculture organization, est une organisation des Nations Unies pour l'agriculture, et l'alimentation, à laquelle 191 pays participent sur un pied d'égalité (1 pays, 1 voix) pour négocier des accords et débattre des politiques. A la fois au service des pays développés et des pays émergents, elle a pour objectif la sécurité alimentaire pour tous et le développement de la production agricole locale. La FAO est constituée de deux groupes de pays : le G77 formé par 144 pays émergents et les donateurs que sont les pays développés de l'OCDE. Et la nécessité d'obtenir le consensus entre tous ces pays est permanente. Pour aider les pays à améliorer leurs pratiques agricoles, forestières et halieutiques, la FAO ne travaille jamais seule, toujours en partenariat avec les Etats qui l'accueillent ou les ONG locales, ainsi qu'avec l'ONU, l'OMS, le FMI, voire même l'Unesco. "Elle peut informer, proposer, inciter financièrement, mais les Etats restent souverains", explique Luc Guyau. Ses moyens s'élèvent à 500 millions de dollars de cotisations annuelles par pays contributeur, auxquels s'ajoutent des financements volontaires pour des actions précises.
Vos réactions
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Bonjour, La FAO et de nombreux projets de développement dans le monde ne travaillent pas assez avec les lycées agricoles et les écoles d'agronomie. Notamment en Afrique il faudrait une vaste et véritable politique de mise en place de lycées agricoles et écoles d'agronomie. Chaque lycée agricole est comme une petite chambre d'agriculture garantissant le passage de connaissances up-to-date de l'enseignant à l'élève qui sera un jour agriculteur ou technicien. La boucle est bouclée. Il y a en France environ 25 écoles d'agronomie et environ 900 lycées agricoles. Cordialement, Olivier
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