L'enseignement agricole public en panne de reconnaissance
Le sujet n'est pas nouveau. Le comité permanent, créé au niveau national en 2009, a régulièrement alerté l'opinion l'an dernier sur les suppressions d'emplois et les fermetures de classes - 200 en France en cinq ans - mettant en danger l'enseignement agricole public qui répond pourtant à plusieurs attentes sociales. Car ce système éducatif s'inscrit à la fois dans les voies générales, technologiques et professionnelles, avec des modalités de formation aussi bien scolaire, par apprentissage ou adulte, et qu'il "représente une alternative à l'éducation nationale pour certains élèves".
Alors que Bruno Le Maire vantait lundi dernier les mérites de l'enseignement agricole affichant un taux remarquable de 84% d'insertion dans la vie professionnelle, le comité permanent dénonçait pour sa part les budgets toujours dégradés dans les établissements. Cette opération de rentrée avait lieu au lycée de Guingamp. Un établissement symbolique de l'engagement syndical, où la classe de 4ème a pu être maintenue cette année grâce à des mois de lutte. Cinq députés et sénateurs, et quelques élus du conseil régional de Bretagne ont répondu à l'invitation du comité, pour juger de la situation au plus près des usagers et du personnel.
Quelles orientations pour le public ?
La victoire à Guingamp ne fait pas oublier au syndicat régional les fermetures des classes de 3ème à Pontivy et Châteaulin, le regroupement de trois sections professionnelles à St Aubin des Cormiers, le plafonnement des recrutements en filière S, la suppression de nombreuses décharges pour l'entretien et la maintenance d'ateliers ou de labos, etc. Les répercussions précises au niveau de chaque établissement à cette rentrée 2011 ne sont pas pour l'heure connues.
Bien que des assises de l'enseignement agricole breton se soient déjà tenues au printemps dernier, compte tenu de son poids relativement faible en Bretagne face au privé, l'enseignement agricole public souhaiterait constituer son propre projet pour l'avenir. Il compte à cette fin organiser dans l'année une journée de réflexion en présence d'élus et d'organisations professionnelles.
1 Le comité permanent de défense et de développement de l'enseignement agricole public est composé d'organisations syndicales, organisations professionnelles, élus, partis politiques, association de parents d'élèves, citoyens.
Les propositions du comité de défense et de développement pour redonner la priorité à l'enseignement agricole public !
1. Restaurer la part des lycées agricoles publics à hauteur de 50% de l'offre en formation initiale par voie scolaire dans l'enseignement agricole en 5 ans, notamment par la relance volontariste de l'offre publique dans le domaine des 4ème-3ème de l'EA et dans celui des « services aux personnes » (avec au moins une filière complète dans l'EAP par département)
2. Développer à nouveau l'emploi public à hauteur des besoins, seule mesure à même de conforter la qualité du service public d'enseignement agricole rendu aux usagers, notamment en permettant une déprécarisation sur la base d'un plan pluriannuel ambitieux de titularisation, et en garantissant les remplacements nécessaire dans l'ensemble des services des EPL
3. Mettre fin au plafonnement illégal des effectifs dans l'ensemble des classes de l'EAP, qui conduit de fait à rejeter chaque année par centaine des élèves et étudiants au mépris tant de leurs choix d'orientation que des taux d'insertion susceptibles d'en découler, cela en rupture avec les engagements constitutionnels de l'Etat
4. Renforcer les équipes pédagogiques, administratives et vie scolaire des lycées agricoles publics, en garantissant la présence dans chaque établissement de conseillers principaux d’éducation, de techniciens vie scolaire, d'assistants d'éducation, d'infirmières et de personnels qui font actuellement défaut : conseillers d'orientation psychologues et assistantes sociales
5. Garantir le soutien aux établissements publics par leur maintien, voire la réouverture de ceux qui ont été fermés dans nos territoires ruraux comme péri-urbains
6. Rétablir un véritable pilotage national de l'EAP et de sa carte des formations, en lien avec la sanctuarisation des 3 voies de formation qui font la richesse des établissements publics (générale, technologique et professionnelle)
7. Créer un véritable service public de la formation continue et par apprentissage, avec des personnels ayant statut de fonctionnaires
8. Affirmer un soutien tangible à une filière de production agricole profondément rénovée et aux métiers verts en vue de répondre aux défis alimentaires et environnementaux du XXIème siècle, notamment par la réaffirmation du rôle pédagogique primordial d'exploitations agricoles et d'ateliers technologiques ancrés dans le développement durable, fort de la mise en place de financements publics (expérimentation, démonstration...) et d'un statut de fonctionnaire pour les personnels d'exploitation
9. Refonder la pleine appartenance des personnels TOS-ATE à la communauté éducative, avec une garantie législative de non externalisation des services et un temps reconnu dans l'emploi du temps des agents pour assurer la coordination de leur rôle éducatif
10. Construire une formation initiale et continue des personnels de qualité, respectueuse de l'ensemble des agents comme des usagers, en rétablissant notamment une formation des enseignants digne de ce nom, car c'est évidemment « un métier qui s'apprend » et en renforçant les liens entre l'enseignement technique et l'enseignement supérieur agricole, en vue de favoriser l'élévation des niveaux de qualifications
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