L'échalote de tradition à nouveau en danger
"La contestation est née en 1999", se souvient Pierre Bihan-Poudec. Jusque-là, les choses étaient simples : une échalote se plantait et un oignon se semait. Puis les hollandais sont venus jeter le trouble, en mettant au point une échalote qui se sème. "Pas une échalote, rétorque le président de la section nationale échalote. Une hybridation entre une échalote et un oignon". Du coup, la nouvelle variété manque de stabilité et, au niveau du goût, s'apparente tantôt à un oignon, tantôt à une échalote...
Tromperie du consommateur
"L'appellation échalote est usurpée, s'insurge Pierre Bihan-Poudec. Il y a tromperie du consommateur". Pourtant, en 2007, au nom de la libre circulation des biens, la cour européenne de justice laisse faire la maison grainière, puisque sa variété a été inscrite au catalogue hollandais. Petite victoire, cependant, pour les légumiers bretons, qui produisent à eux seuls 70 à 80% des volumes français : leur échalote peut désormais s'appeler traditionnelle tandis que leur concurrente est baptisée échalote de semis.
Et c'est le statu-quo jusqu'en 2009, où il apparaît que trois nouvelles variétés de semis ont été inscrites au catalogue sans respecter les critères retenus par le protocole de 2007 et, notamment, un nombre minimum de points végétatifs, d'où partiront des bulbes fils. "Il nous a fallu deux année de test pour le prouver", explique Pierre Bihan-Poudec qui vient de porter l'affaire au niveau du Ministère de l'agriculture.
500 producteurs, 1 200 ha
Car, pour les producteurs, l'enjeu est de taille ! "Ces cultures d'échalote de semis sont entièrement mécanisées. Elles se développent dans les grandes plaines céréalières et leur coût de production est inférieur de 30% au nôtre". Que les volumes se développent, l'échalote de semis représente déjà 15% des volumes totaux produits en France, et c'en sera fini de l'échalote traditionnelle.
Présente sur la côte Nord du Finistère, entre Taulé et Kerlouan, cette dernière est produite sur 1 200 à 1 300 ha par 500 légumiers.
Et emploie de nombreux saisonniers pour la plantation, en janvier-février, l'arrachage et la récolte, en juillet. "Elle fait partie de notre tradition culturale et culturelle", rajoute Pierre Bihan-Poudec, bien décidé à mener une nouvelle croisade contre ces mauvaises imitations.
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