Conservation des sols : des agriculteurs échangent
Excepté évidemment "le labour qui casserait 15 ans de vie" de ses sols, Bernard de la Morinière ne se "refuse aucune possibilité" entre un semis direct ou un TCS de surface. Mais lorsqu'il est possible - sous réserve de contraintes liées à l'enfouissement de fumier ou de réchauffement des sols en semis de printemps - le semis direct donne des résultats surprenants en matière de portance des sols, et de densité de vers de terre dans le profil. Les agriculteurs réunis ce 2 décembre à Saint-Brieuc-des-Iffs (35) en ont eu la preuve sur une parcelle d'orge d'hiver. Les expériences culturales de Bernard de la Morinière ont d'ailleurs constitué un excellent support aux échanges dans le groupe d'agriculteurs, constitué parmi des adhérents de la Coopérative des agriculteurs du Morbihan, plus ou moins expérimenté en TCS voire pas du tout pour l'instant.
Des rotations longues adaptées au plan Ecophyto 2018
Son arrêt volontaire de la production laitière en 2009 est l'occasion pour Bernard de la Morinière de repenser les rotations, notamment pour une réduction des traitements dans l'optique du plan Ecophyto 2018. Ce qu'il fera notamment par de longues rotations, désormais céréalières, incluant 5 cultures principales (blé, maïs grain, orge d'hiver, pois et colza) sur 85 ha des 111 ha de SAU. Et sur colza par exemple, ses petites astuces (le mulch pour prévenir le salissement, un apport de chaux à la place d'un anti-limaces, un peu de lin pour limiter les dégâts d'altises) lui permettent déjà d'abaisser son IFT à 2. De même souligne-t-il que "le piétin échaudage a complètement disparu" de ses parcelles depuis que ses "rotations sont suffisamment longues". Comme de nombreux agriculteurs, il considère aussi que "les intercultures sécurisent le système", car elles "restituent les éléments fertilisants à la culture suivante, structurent le sol, cassent le cycle des maladies". Quant au pois, "même si sa rentabilité économique est faible, selon Bernard de la Morinière, cette culture apporte beaucoup à la rotation". Avis que partagent les autres agriculteurs, en particulier ceux venus de Champagne-Ardenne, disposant en moyenne de moins d'azote organique que les bretons. Là-bas, le climat est aussi plus froid, les semis plus précoces, et la décomposition de la matière organique moins rapide. Les expériences des deux régions ne sont donc pas transposables en tant que telles, "mais il y a toujours des petites choses à prendre", apprécie un technicien.
Adhérents à Nouricia, une coopérative pionnière sur les questions de conservation des sols, les sept agriculteurs de Champagne-Ardenne ont donc contribué à enrichir les discussions, déjà d'un très bon niveau. A la fin de la journée, on ne s'étonne donc pas de ressortir avec "encore plus de questions que de réponses" autour des choix d'outils, gestion des mauvaises herbes, fertilisation… De quoi alimenter les prochaines réunions du groupe "Agriculture de conservation". Mais cela fait partie du cheminement, car il n'y a pas de recettes toutes faites. Il s'agit surtout de cohérence à trouver dans le système et de compromis à faire selon les types de sols, les moyens matériels et humains, les objectifs, etc.
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