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La Bretagne au régime sec

Si les précipitations orageuses de ces derniers jours ( de 20 à 50 mm d'Est en Ouest) sont de l'or pour les sols et les cultures, l'absence de pluies significatives depuis début mars sur l'ensemble de la Bretagne a entraîné une sécheresse des sols faisant craindre une situation plus inquiétante que l'an dernier. Elle a débuté en effet plus tôt en touchant l'ensemble du territoire. A ce déficit hydrique se sont ajoutées des températures bien supérieures aux moyennes, provoquant une avance de végétation, notamment des céréales. Les inquiétudes les plus fortes concernent le maïs.

04 mai 2011 Jean Grall Vu 1438 fois
Le bilan hydrique qualifie la teneur en eau des sols superficiels. Il est dérivé de calculs en points de grille à partir des pluies et de l'ETP spatialisées. Il exprime le rapport entre la réserve locale à l'échéance considérée et la réserve utile (valeur utilisée : 150 mm).
Fond de carte : source IGN.

Le bilan hydrique qualifie la teneur en eau des sols superficiels. Il est dérivé de calculs en points de grille à partir des pluies et de l'ETP spatialisées. Il exprime le rapport entre la réserve locale à l'échéance considérée et la réserve utile (valeur utilisée : 150 mm). Fond de carte : source IGN. - © Météo France

Les pluies de mars-avril ont été bien plus faibles que la moyenne. Elles font suite à un hiver peu pluvieux et à une année 2010 très déficitaire en eau également. A Rennes, le cumul moyen de pluies des 4 premiers mois est de 218 mm et, en 2011, il n’est tombé que 101 mm, le déficit est donc de 54 %. Un autre signe d’inquiétude réside dans l’ETP (Evapo-transpiration potentielle) : la moyenne des 4 premiers mois à Rennes est de 159 mm et, en 2011, il est de 204 mm, accentuant ainsi le déficit hydrique.
Le bilan hydrique dans les parcelles montre une réserve en eau d’environ 30 % de la réserve utile alors qu’elle devrait être proche de la capacité au champ (80 %) . Les réserves de fin avril sont proches de celles observées fin juin en année normale.
Cette situation climatique, à savoir déficit de pluies et températures chaudes, est pour Météo France à rapprocher de 1976. A Rennes, au 28 avril, la réserve hydrique est plus faible qu’en 1976. Cependant en météorologie, aucune année ne se répète vraiment. Le stress hydrique actuel peut s’aggraver mais peut aussi se résorber partiellement, la conséquence sur les cultures en dépend.

Les céréales


Les orges sont au stade épiaison et les premiers blés le seront aussi fin avril. Si les pluies du début de semaine ont été bienvenues, le déficit hydrique a provoqué une mauvaise absorption de l’azote qui provoque un raccourcissement des entre nœuds et donc une petite taille, les épiaisons se font donc avec une hauteur de tige réduite qui laisse présager des pertes de rendement en paille. Le stress hydrique à ce stade provoque une réduction du nombre d’épis et du nombre de grains par épi.
Cette situation est sensible dans les sols peu profonds à faible réserve utile. L’épiaison à cette période peut également laisser craindre une baisse de fécondité liée à des températures froides vers la mi-mai.
Le point positif est l’absence de maladies mais cependant avec un risque de présence de pucerons. Pour les céréales, à ce stade les rendements grain ne sont pas encore pénalisés dans les sols profonds mais pourront l’être dans toutes les parcelles en cas d’absence de pluies ou de températures froides en cours de fécondation.

L’herbe


Pour l’instant, nous ne constatons pas de pertes de rendement en herbe. Pour la Bretagne, la production cumulée d’herbe est en moyenne de 2 152 kg MS/ha depuis 2011, pour une référence de 2 027 kg MS/ha en moyenne au cours des 12 dernières années. L’enjeu réside là encore dans les conditions climatiques notamment de pluviométrie dans les 15 jours à venir et globalement sur les mois de mai et juin. La poursuite d’un temps sec serait très préjudiciable sur les rendements à venir avec des réserves d’eau dans les sols qui sont limitées.
A ce jour, l’ensemble des troupeaux de bovins pâturent au maximum. Mais l’absence de pluies, associée à des vents desséchants et des températures élevées, contribue à dessécher les sols. Tant que les parcelles ne sont pas pâturées, la croissance se maintient convenablement grâce à une large surface foliaire.
Les parcelles récemment pâturées repartent de moins en moins bien, ne permettant plus de perspectives pour de l’herbe à pâturer dans un mois. Seuls les secteurs où sont tombées des pluies orageuses peuvent envisager un sursis sur la production d’herbe.

 

Le maïs


Les semis ont commencé début avril et se terminent maintenant avec 15 à 20 jours d’avance. Les levées sont plutôt bonnes et régulières. La crainte est à venir : les réserves utiles des sols sont très limitées (1/3 de la réserve totale) alors que les maïs sont généralement semés dans des humidités proches de la capacité au champ (80 % de la réserve utile). Les sols dans cette situation ont des difficultés à faire remonter le niveau de réserve.
Une fois encore, il sera nécessaire de pouvoir profiter de pluies abondantes, entre 60 et 80 mm par mois,  et bien réparties entre mai et août pour que le rendement ne soit pas pénalisé puisque le maïs ne pourra pas trouver cette eau dans les réserves du sol.


Les Autres cultures

La floraison du colza s’est faite dans de bonnes conditions mais sur une durée courte du fait des températures élevées. Les pommes de terre  viennent d’être mises en terre et sont au stade de formation des tubercules. En absence de précipitations, c’est le poids des tubercules qui sera pénalisé donc le rendement global. Les légumes de plein champ, en dehors des parcelles irriguées, peuvent  rencontrer des difficultés  d’implantation ; c’est le cas des échalotes et légumes d’industrie. Les conserveries sont inquiètes pour ce début d’année culturale.

 

Situation préoccupante

La situation actuelle n’est pas encore catastrophique à fin avril. Les rendements potentiels des principales cultures ne sont pas encore directement affectés mais la situation est très préoccupante pour deux raisons essentielles.

1) Il y a une situation de stress hydrique et la crainte est qu’elle s’aggrave dans les semaines à venir. En effet les réserves en eau dans les sols sont très limitées, les pluies qui tomberont maintenant serviront aux cultures mais ne rétabliront pas ces réserves. L’état des cultures dépendra directement des précipitations (quantités et répartition homogène) dans les mois à venir. Les 15 prochains jours seront cruciaux et des précipitations significatives seront nécessaires sur l’ensemble de la Bretagne avec de plus des pluies régulières pendant la fin de printemps et l’été. Or les prévisions de Météo France nous indiquent que l’été sera chaud et pour les temps proches n’annoncent pas beaucoup d’eau.

2) L’année 2010 a déjà été très sèche et les stocks fourragers sont extrêmement bas dans un grand nombre d’exploitations. Le déficit hydrique à craindre aurait un impact direct sur les récoltes de foin en mai et juin ainsi que sur la production de maïs ensilage. Mais au-delà, les risques évoqués plus sur la fin de printemps et début été auront un impact d’autant plus fort que les stocks de fourrages sur les exploitations auront totalement été consommés.
Les solutions pour faire face à un tel risque sont limitées et des options drastiques (ensilage de céréales immatures, ventes d’animaux,…) sont peut être prématurées aujourd’hui. Cepen-dant il sera nécessaire d’anticiper en fonction de l’évolution climatique dans les semaines à venir et des stocks fourragers restants sur l’exploitation (implantations de dérobées…). Des choix pourront être à faire très rapidement.
Un état des lieux régulier sera réalisé afin de vous accompagner pour les mois prochains.

 

 

 
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