Accaparement des Terres et droit à l'alimentation
Difficile aujourd'hui d'avoir une idée précise de ce que représente l'accaparement des terres. On parle de centaines de milliers d'hectares, mais, concrètement, qu'en est-il réellement, quelles sont les conséquences, et comment éviter les conséquences désastreuses ?
Les achats massifs de terres sont apparus, notamment depuis 2008, lorsque certains Etats ont perçu leur dépendance et leur fragilité en matière d'approvisionnement alimentaire. Sont venus s'ajouter les achats par des multinationales ou des fonds d'investissement qui souhaitaient mettre en production des cultures énergétiques.
Ces achats de foncier ont fait grimper l'inflation sur les prix du foncier dans les pays concernés, en Afrique, Asie, et Amérique du Sud essentiellement. Les populations locales dépossédées de leurs terres, de leur moyen de subsistance, souffrent et migrent vers les villes, et, le cas échéant, plus tard vers nos contrées. Un droit de l'alimentation a bien été ratifié au niveau mondial, mais non contraignant, il n'apporte pas véritablement de changement au niveau des pays signataires.
Se prendre en main
Faliry Boly président de la plate-forme des producteurs de riz du Mali a apporté un témoignage très fort. Dans son pays, la Chine, mais aussi la Lybie, se portent acquéreur de terres par 80 ou 100 000 ha. Leur contrat stipule qu'ils exporteront dans leur pays 100% de la production. Mais l'accaparement prend aussi d'autres formes, notamment des prête-noms locaux, qui, par dizaine de milliers d'hectares, deviennent aussi propriétaires de terres à des conditions tout à fait privilégiées. "On a même vendu nos cimetières aux Chinois", s'insurge F. Boly. Le flou juridique entre le droit coutumier et le droit moderne explique, pour une bonne part, qu'il soit si facile de se porter acquéreur d'autant de surface. Les problèmes rencontrés sont nombreux. Ils sont d'ordre économique, bien sûr, parce que des milliers de familles perdent leur terre, leur moyen de s'alimenter. Au final, ces achats de foncier sont extrêmement destructeurs d'emplois. Ils sont aussi destructeurs pour la société, puisque les populations sont obligées de s'expatrier et viennent grossir les banlieues des villes. Lorsque les terres sont destinées à la production de canne à sucre, la gestion de l'eau devient aussi problématique. Comment faire alors ? Pour F. Boly la solution doit venir des Africains eux-mêmes : "nous, Africains, nous devons nous regarder nous-mêmes". Il s'agit de créer les infrastructures locales qui permettront de dégager les capacités d'autofinancement pour contrer les projets d'achat de foncier. Il s'agit aussi de développer la formation des agriculteurs localement, plutôt que d'amener des formateurs européens. Bref, s'il faudra se battre contre chaque projet, il faudra le faire aussi sans doute contre la corruption dans les Etats. L'enjeu qui est posé aujourd'hui, notamment à l'Afrique, est celui de ses axes et moyens de développement. 50 ans après leur indépendance politique, ces pays ouvrent un combat pour leur indépendance économique et alimentaire.
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